Sœur Dominique, trente-neuf ans
Issue d’une famille de cultivateurs en Charente. Trois générations cohabitent. Dominique est baptisée par respect des traditions, mais ses parents ne pratiquent pas. Elle va tout de même au catéchisme, où on lui parle de l’amour de Dieu. D’amour, il n’y en a pas chez elle : son père est alcoolique et violent, sa mère est volage. Les enfants (Dominique a un frère) grandissent comme ils le peuvent.
Dès l’âge de huit ans, elle sait qu’elle sera religieuse parce que Dieu l’aime. Lorsque le père meurt, jeune encore, la mère installe l’un de ses amants à la maison. Dominique a appris au catéchisme que la conduite de sa mère est immorale. Elle ne peut pas faire d’études, car elle est cardiaque, et même une fois opérée, elle ne peut travailler. Elle entend parler des clarisses et cela l’incite à lire la vie de plusieurs saints fondateurs d’ordres. Sans hésitation, elle décide de se consacrer à Dieu dans l’ordre de sainte Claire.
Sa mère ne fait pas d’objection : une bouche de moins à nourrir.
Dominique entre chez les clarisses de B. à vingt et un ans, comme sœur externe. Cette vie lui plaît : elle rencontre des gens, fait les courses, elle peut lire et prier.
Après ses premiers vœux survient en elle un grand changement : elle devient morose, elle a le sentiment de ne pas donner assez au Seigneur. Elle ne veut plus être sœur externe, elle désire être cloîtrée. Elle prononce donc le vœu de clôture. Mais l’enthousiasme du nouveau choix se dissipe vite ; Dominique s’ennuie, voudrait découvrir autre chose. En peu de temps, ses pieds et ses mains se couvrent d’eczéma ; les démangeaisons la font tant souffrir qu’elle est incapable d’assumer un quelconque emploi. Elle se gratte jusqu’au sang et refuse les soins. Peut-être que dans un autre monastère…
Grâce à une dérogation, elle peut quitter B. pour le monastère de P., où elle demeure quelques années. Cela ne va pas trop mal, mais le monastère, en raison du trop petit nombre de sœurs, est obligé de fermer ses portes. Dominique a mauvaise réputation et aucun monastère ne veut l’accueillir. Elle ne fait que passer à R., à T., à N. puis aboutit par hasard à A., où elle s’installe.
Son eczéma suit désormais la courbe de son bien-être, mais comme il est impossible de compter sur elle, elle n’a pas de tâche fixe. Elle ne peut rester fidèle à une activité une semaine entière. Quand l’état de ses mains le lui permet, elle occupe ses journées à réaliser des travaux d’agrément : cadres, sous-verres, cartes, chapelets, croix en bois. Elle travaille bien le tissu, réalisant poupées, sets de table et mouchoirs qui sont vendus à la porterie.
Dominique est de toute la communauté la sœur qui lit le plus. Des amis l’ont abonnée à des revues religieuses : Le Pèlerin, La Vie, Panorama. Elle s’intéresse aussi beaucoup à la télévision.
Dominique est déconcertante et semble parfois prendre plaisir à blesser les sœurs par des remarques acides et des paroles cinglantes. Lorsqu’une sœur se trompe de lecture au chœur, elle tape si rageusement du pied que la sœur met cinq minutes de plus à retrouver la page. Il lui arrive de disperser du papier sur le sol au moment du balayage ou de déchirer les torchons pendant la vaisselle.
Quand elle accomplit une tâche qu’elle estime exceptionnelle, elle réclame des bonbons et un surplus de nourriture à la mère. Elle souffre particulièrement du froid. Lorsque Dominique ne se sent pas bien, elle ne participe plus du tout à la vie communautaire. Elle passe alors son temps à pleurer ou à faire des scènes violentes à l’abbesse.
Elle se douche régulièrement et sa propreté paraît suspecte aux autres sœurs. Elle change souvent de sous-vêtements et n’accepte pas de porter n’importe quoi
De taille moyenne, très mince, Dominique a des yeux marron foncé qui sont tour à tour durs ou très doux. Bien que de nombreuses dents lui manquent, elle ne porte pas de dentier. Dès qu’elle est contrariée, elle reproduit le même tic : un doigt dans la bouche, elle le mord si fort que tout son visage se crispe.